La guerre des monnaies : un autre regard

, par AITEC

Un article extrait du blog Séoul Kitchen hébergé par Libération et alimenté par les représentants des associations françaises présentes à Séoul pour la Conférence internationale des peuples / Put people first !

Le G20, c’est certes la réunion des 20 premières économies mondiales mais c’est aussi la rencontre des pays affichant les dettes souveraines les plus élevées et les pays disposant des plus grandes réserves de dollars. La guerre des devises n’était-elle par conséquent pas prévisible compte-tenu du fait que le dollar est à la fois la monnaie des États-Unis et la monnaie des échanges mondiaux qui sert également de base au prix des autres devises ? Qu’aurait-on du faire pour éviter cette « guerre » ?

Si bien sûr, elle était prévisible et de nombreux économistes ont mis en garde. Et c’est justement parce que ce déséquilibre existe depuis longtemps et personne ne cherche à le résoudre que le conflit explose aujourd’hui. D’un côté les salaires aux Etats-Unis n’augmentent pas et les américains doivent quasiment recourir à l’endettement pour boucler leur fin de mois. De l’autre côté, la demande intérieure n’augmente que très faiblement et pas suffisamment pour limiter l’excès des exportations de chinois dans l’économie mondiale.

Même si la Chine commence à prendre des mesures comme la création d’un régime de retraite ce qui contribue à baisser l’épargne intérieure la priorité serait que les États-Unis lancent un plan de relance de son économie comprenant une meilleure redistribution des richesses.

Quelles seront les conséquences régionales d’un tel apport de devises (300 milliards de dollars) de la part du Trésor américain ? Pour la zone euro ? Pour les pays récemment industrialisés du G20 ?

La conséquence directe est que le dollar va continuer de chuter. Les prix américains devraient donc baisser. Mais le dollar n’est pas seulement la monnaie des États-Unis, c’est la monnaie qui régit le commerce mondial et sur laquelle est basée toutes les autres monnaies. « Le dollar, c’est notre monnaie et c’est votre problème » comme disent les américains.

La conséquence pour les pays exportateurs de matières premières va être une baisse substantielle de leurs revenus.

La valeur de l’euro va augmenter. Les exportations européennes peuvent éventuellement baisser car cela se traduit par une perte de compétitivité et les produits américains seront meilleur marché. Mais les importations de l’UE pourraient compenser.

Cette compensation via les importations n’existent pas pour les pays en développement producteur de matières premières (pays d’Afrique ou d’Amérique du Sud) ou producteurs de produits transformés via l’industrie (les nouveaux pays du G20).
Cette mesure va se traduire chez eux par une instabilité du marché à court terme (création de bulles spéculatives) et une augmentation de la volatilité des monnaies. C’est deux éléments sont mauvais pour les pays en développement qui ont le plus besoin d’un environnement économique et financier stable.

Vous jugez cette décision néfaste pour l’économie mondiale. Pourquoi les États-Unis ont-ils donc pris cette décision ? Quel est le pari qu’ils ont fait ? Y avait-il des signes avant-coureurs de cette décision ?

Le pari, c’est de relancer la demande intérieure, la consommation, donc la production, donc l’emploi.

Si le pari des États-Unis ne fonctionne pas, la dette américaine augmentera. Il y a également un risque de stagnation économique et de déflation. A long terme, cela pourrait affecter la totalité de l’économie mondiale.
Mais on ne peut plus, dans l’ère de la mondialisation prendre une décision unilatérale comme celle-ci, surtout quand il s’agit du dollar.
Les signes avant-coureurs, c’était la stagnation américaine.

Donc une économie mondialisée dans laquelle une monnaie nationale sert également de référentiel international ne fonctionne pas. Quelles seraient les alternatives : monnaies régionales, monnaies « neutres », droits de tirage spéciaux ?

Une première alternative dans ce cas précis aurait été une mesure coordonnée avec l’introduction d’une monnaie globale « neutre » et aux cours stabilisés, et une gestion sur le long terme de ce déséquilibre entre dettes souveraines et réserves de devises.
Mais si le G20 se présente comme le cadre de réflexion pour le retour d’une croissance « forte, durable et équilibrée », il est surtout devenu l’arène de la lutte pour les intérêts nationaux. Sous couvert de coopération se cache les égoïsmes de chacun de ses membres.

Les monnaies régionales « neutres » (comme le Sucre institué par la Banque du Sud), organisées par grandes zones d’échanges, pourraient être une solution mais elles auraient besoin d’un monnaie « neutre » de référence qui elle devra être mondiale.

Quant aux droits de tirage spéciaux, ils pourraient être une solution. Le problème, c’est qu’ils sont géré par le FMI.

L’urgence est donc de lancer le débat sur le système monétaire international, de retirer ce rôle de monnaie globale au dollar et de stabiliser le cours des changes.

En bonus, un rap pédagogique sur la guerre des monnaies :

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    À Amsterdam, Athènes, Berlin, Budapest, Dublin, Düsseldorf, Genève, Lisbonne, Lorient, Malaga, Milan, Paris, Poznan, Rotterdam, Rouen, Rome, Toulouse, et Varsovie des actions auront lieu pour dénoncer la spéculation et pour exiger au niveau national et européen le respect et l’application du droit au logement pour toutes et tous.

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