Décentralisation et lutte contre la pauvreté

, par Amélie Canonne

Tout programme ou projet, dont ceux incluant une composante « décentralisation » ou « développement local » s’inscrit dans ces dynamiques globales et cherche à répondre à l’objectif final de réduction de la pauvreté, selon des approches et des méthodes qui peuvent toutefois différer selon la culture des partenaires et la trajectoire ou les choix des pays bénéficiaires.
En Afrique comme ailleurs, la décentralisation, perçue comme une procédure de rapprochement des centres de décision et des acteurs de l’implémentation vers les populations ciblées, doit accroître l’impact direct des interventions de développement auprès des populations les plus pauvres.

Tout en répondant le plus souvent à des préoccupations strictement internes aux sociétés locales, la décentralisation a été, dès les années 80, intégrée dans les recommandations des partenaires de coopération, et incluse, pour la plupart des Etats, dans l’éventail de réformes institutionnelles conditionnant l’accès aux crédits internationaux.
Mais ni sa promotion par les bailleurs de fonds ni la formulation qui en était faite par les leaders et les populations africaines ne reliaient explicitement décentralisation et lutte la pauvreté et l’établissement du lien entre les deux processus est plus tardif. Il s’agissait avant tout de refonder le contrat politique associant gouvernants et gouvernés selon le modèle occidental de démocratie représentative, l’échelon local garantissant un meilleur contrôle des citoyens sur les équipes gestionnaires.
L’existence de programmes de développement local intégré en zones rurales ou dans certains quartiers des métropoles africaines, principalement orienté vers l’intervention sur les infrastructures de base et l’amélioration des conditions de production ou de commerce local, n’incluait pas explicitement de réflexion sur le renforcement des pouvoirs municipaux.

La lutte contre la pauvreté telle que déclinée en objectifs par la Déclaration du Millénaire s’est imposée de façon indépendante et dans le cadre de réflexions menées à l’échelle du continent ou des Etats. La création des DSRP, nés dans le contexte de l’initiative PPTE, marque officiellement l’inscription de la lutte contre la pauvreté dans l’instrumentation de l’aide internationale : toute action de coopération, qu’elle soit financière ou sous forme de programmes et projets, devra s’inscrire dans le DSRP formulé par le gouvernement de façon participative.
Les communes et leurs élus, déjà solidement instituées dans un certain nombre de pays, sont invités à s’associer au processus de préparation du DSRP, au même titre que tous les groupes d’acteurs. Mais le mécanisme d’ensemble reste bien piloté et guidé depuis le centre, et dans les faits l’association des élus et collectivités à la définition des stratégies nationales de lutte contre la pauvreté est le plus souvent marginale et incidente.

L’impact positif de la décentralisation sur la réduction de la pauvreté n’est donc pas organiquement constitutif des stratégies de développement nationales établies dans la mouvance DSRP.
Pour la plupart des partenaires de coopération, c’est la réflexion sur la transformation des modalités de gouvernance locale qui va contribuer à établir le lien : la décentralisation apparaît comme un outil parmi d’autres d’empowerment des pauvres. L’argument majeur repose sur la proximité géographique, qui garantit un niveau d’information et de mobilisation supérieur des leaders politiques et des populations sur les réalités et les besoins locaux, et facilite ainsi l’obtention de résultats visibles.

Ce triptyque « Décentralisation - Gouvernance locale - Développement local » théorisé et partagé par les bailleurs de coopération peut être résumé comme suit :

- La décentralisation permet de mesurer la responsabilité et la capacité d’écoute des décideurs politiques et les méfaits de la corruption et de l’affairisme sont réduits. Les coûts de transaction sont minimisés ;

- La mobilisation des communautés et la valorisation du capital social ont des chances supérieures d’être durablement initiées ;

- Il est plus difficile de négliger les échecs des programmes et des projets quand les communautés locales deviennent à la fois des clients et des évaluateurs du service fourni ; au contraire les fournisseurs de ces services sont tenus de prendre en compte les besoins et les contextes et en quelque sorte obligation de résultats.

D’un point de vue analytique, l’approche s’apparente à la transposition des mécanismes de l’offre et de la demande au fonctionnement du marché local de services de base.
Au regard de la réalisation des OMD, il est peu question des déterminants de la pauvreté, qui sont multiples, des structures locales des inégalités ou encore des rôles spécifiques de la collectivité territoriale (en dehors de la nécessaire « accountability » dont elle doit faire preuve à l’égard des citoyens).
Surtout la réduction durable des inégalités sociales repose sur la fourniture de services de base accessibles aux populations, donc sur la conception d’une politique d’accès, qui relève de la fonction redistributive d’une autorité publique.
Cette fonction redistributive replace le rôle politique des autorités locales au premier plan : l’organisation de l’accès de tous aux ressources disponibles ou générées par l’activité économique et la fiscalité appelle en effet la construction de consensus et l’intériorisation de solidarités qui ne peuvent surgir de façon « naturelle » de l’empowerment des exclus tel qu’il est conçu par les partenaires de coopération (la capacité à la prise de parole publique).

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