Le droit a l’alimentation et la souveraineté alimentaire : l’actualité au Niger

Par Chatou Mahamadou, Alternatives Espace citoyen - Niger

Les graves et épisodiques sécheresses et attaques acridiennes que connaissent les pays sahéliens dont le Niger ( 1973-1974, 1983-1984, 1997, 2004-2005) ont toujours provoqué des crises alimentaires sévères avec la mort de plusieurs centaines de personnes et la quasi-destruction du cheptel national.

La sécheresse de 1973-74 a même eu une conséquence politique par le renversement du régime du Président Diori Hamani par les Forces Armées Nigériennes (FAN), afin qu’« Aucun nigérien ne mourra plus de faim ni de soif ». Cependant malgré leur politique dite d’autosuffisance alimentaire mise en œuvre à travers des programmes d’aménagement hydro-agricole et de cultures de contre-saison, la sécurité alimentaire des Nigériens n`a pu être résolue de façon durable par les différents régimes qu’a connus le Niger.
La récente crise alimentaire de 2005 consécutive à une mauvaise répartition spatio-temporelle des précipitations et une invasion acridienne, venait encore rappeler la fragilité des Etats sahéliens sur le plan alimentaire. Cette situation a créé une véritable mobilisation nationale et internationale malgré la réticence des pouvoirs publics à reconnaître la réalité et la gravité de la situation avec plus de 3.600.000 personnes touchées par l’insécurité alimentaire.
En 2006, l’évaluation de la campagne agricole malgré un bilan céréalier et fourrager globalement excédentaire a relevé tout de même plusieurs dizaines de localités déficitaires marquant la vulnérabilité des populations. Ainsi, suite à une enquête diligentée en novembre 2006 par le gouvernement sur « la vulnérabilité à l’insécurité alimentaire des ménages », il était ressorti que 34% des ménages étaient considérés comme étant en insécurité alimentaire.
Plusieurs facteurs sont à la base de cette insécurité alimentaire devenue quasi permanente dans la majorité des ménages nigériens : l’absence d’une politique cohérente en matière agricole, l’insuffisance notoire d’investissements publics et privés dans le secteur agricole, les aléas climatiques cycliques, les attaques parasitaires des cultures, l’archaïsme des moyens de production, la dégradation continue des sols, la réduction des espaces agro-pastoraux, la croissance démographique vertigineuse, l’avènement du PAS, la dévaluation du FCFA et le désengagement de l’Etat du secteur productif, ainsi que le démantèlement du dispositif de commercialisation des produits agricoles et de régulation, sont autant des causes favorisant l’insécurité alimentaire.

En avril 2007, suite aux divergences sur les résultats de l’évaluation de la campagne agricole du dispositif gouvernemental, un groupe d’ONG et Associations nigériennes (AREN, Mooriben, Timidria, ANDDH, Alternative Espaces Citoyens) en partenariat avec Oxfam - Novib, a entrepris une enquête rapide dans la région de Tillabéri principalement dans les départements de Ouallam, Filingué, Téra et Tillabéri. L’objectif principal de cette enquête consistait à disposer d’indicateurs actualisés sur la sécurité alimentaire des ménages de la région de Tillaberi afin de mieux évaluer leur présente situation.
À l’issue de l’enquête qui a pris en compte tous les aspects socioéconomiques influant la sécurité alimentaire -dont principalement, l’absence de stocks céréaliers, la réduction effective des repas et de la nourriture consommée quotidiennement et l’activation de la collecte de produits inhabituels- il ressort le constat suivant : en avril 2007, le niveau de sécurité alimentaire des ménages de la région de Tillabéri est préoccupant. Plusieurs indicateurs témoignent d’une situation relativement critique pour certains habitants de la zone. En termes plus concrets, l’enquête a abouti à des indicateurs plus préoccupants que ceux rapportés par les services du Gouvernement en novembre 2006. En effet, les résultats de l’enquête montrent que : La moyenne des ménages en insécurité alimentaire, toutes zones socio-économiques confondues, est de 46%. Ces taux sont encore plus préoccupants au sein des communautés des zones fluviale et agricole avec respectivement 60% et 64% des ménages concernés.

Concrètement, aujourd’hui, la situation est la suivante : dans les régions de Tahoua, Agadez, et Tillabery, c’est la rareté des produits qui est la cause de la hausse récente des prix. Dans les régions de Zinder, Diffa, Maradi, Dosso et Niamey, les produits ne manquent pas, mais ils sont chers. Les commerçants appliquent des hausses insupportables, sous le prétexte que c’est une conséquence de la fluctuation des produits sur le marché international, conséquence directe du la flambée du prix du baril du pétrole.
Les produits de consommation les plus touchés sont : le riz, le mil, le maïs et le niébé.En décembre 2007 et janvier 2008 le sac de 50 kg du riz se vendait entre 14.000 et 15.000 FCFA. Mais en février et mars il y a eu une augmentation de 3.500 et 4000 FCFA. Le sac de maïs quant à lui a augmenté de 6000 fcfa, soit de 13.500 FCFA en décembre à 19.000 FCFA en mars 2008.
le mil de 14.000 de janvier à 19.000 en Avril 2008.

En ce qui concerne le riz, ce sont toutes les couches sociales qui sont touchées, de la campagne jusqu’en ville. Mais pour le mil c’est la population rurale qui est plus concernée.
La conséquence directe est que le pouvoir d’achat des Nigériens s’est réduit. Dans certains familles, au lieu de 2 repas par jour, ils ne peuvent plus faire qu’un unique repas. D’autres ont complètement cessé d’acheter le riz, qu’ils ont remplacé par le maïs. Certains se sont rué sur la farine de manioc en attendant. Bref il y a un changement dans les habitudes alimentaires.

Face à cette situation, le gouvernement a décidé de suspendre toutes les taxes à l’importation du riz sur 3 mois et il continue les consultations avec d’autres commerçants de céréales pour trouver des solutions.
Ces mesures n’ont rien changé car jusqu’à présent le riz est toujours cher (16900 FCFA), même la vente à prix modéré des céréales n’a rien changé car même s’ il y a les vivres, la population n’a pas l’argent.
Il y a de la tension dans l’air, d’un moment à l’autre les manifestations de rue peuvent surgir. Et tout cela se passe à un moment où le Niger dit avoir un ministère de "lutte contre la vie chère et de la compétitivité" !!

Au regard des résultats de nos enquêtes précédentes et de l’actuelle situation, la nécessité d’entreprendre des actions urgentes pour atténuer l’insécurité alimentaire des populations enquêtées est ressentie par l’ensemble des acteurs concernés par la question qui pose un sérieux problème du respect du droit à l’alimentation. Cependant, des obstacles politiques et administratifs se posent d’une part par rapport à l’adhésion des autorités nationales et régionales à l’esprit et aux résultats des enquêtes et d’autre part, à l’égard de certains types d’actions à entreprendre pour remédier à la crise. Le défi pour les organisations concernées est de pouvoir apporter des réponses appropriées aux populations en difficulté, tout en évitant toute entrave de la part des autorités politiques et administratives jusque là hostiles à toute déclaration ou intervention des acteurs de la société civile ou d’organisations internationales en matière de sécurité alimentaire.

Après avoir mené avec succès des interventions d’urgence au profit des ménages vulnérables de la région de Tillabery et pour contribuer à apporter une solution durable à cette crise alimentaire récurrente au Niger, l’ANDDH et l’association Alternative Espaces Citoyens, ont envisage de conduire, avec l’appui d’Oxfam-Novib, en collaboration avec leurs partenaires du Consortium (AREN, Timidria, Mooriben), un programme régional de plaidoyer en matière de droit à l’alimentation et à la souveraineté alimentaire, conformément aux recommandations formulées dans le rapport de l’enquête rapide sur la situation des ménages. En effet ce rapport soulignait la nécessité d’entreprendre des actions de plaidoyer au niveau national et sous régional afin d’amener les pouvoirs publics à rechercher une solution durable au problème récurrent de l’insécurité alimentaire au Niger, car au-delà des questions de revenus, des aléas climatiques et de l’archaïsme des moyens de production, la récurrence de l’insécurité alimentaire pose la problématique du respect et de la mise en œuvre du droit à l’alimentation qui un droit humain inaliénable figurant dans la déclaration universelle des droits de l`homme, ratifiée par les Etats membres des Nations unies.

Ainsi, Alternatives Niger est engagé dans un programme de plaidoyer, qui aborde la question alimentaire au Niger et autres pays du Sahel sous l’angle des droits humains, et vise à mettre les pouvoirs publics devant leurs responsabilités ; car, il leur appartient d’initier une politique globale et cohérente orientée vers l’atteinte de la souveraineté alimentaire et prévoyant des réformes et des investissements conséquents en matière agricole.
Le plaidoyer préconisé dans le cadre de ce programme se base sur les directives volontaires, édictées par la FAO et acceptées par tous les Etats pour la mise en œuvre du droit à l’alimentation. Ces directives « prennent en considération de nombreux principes importants, notamment l’égalité et la non-discrimination, la participation et la collaboration active, l’obligation réditionnelle et l’Etat de droit, mais également l’universalité, l’indissociabilité et l’interdépendance des droits de l’Homme ».
Sur la base des directives volontaires de la FAO, nous cherchons à sensibiliser des acteurs dont la contribution ou l’implication pourrait permettre de déboucher sur des actions de nature à promouvoir et à garantir le droit à l’alimentation au Niger et dans la sous région : petits producteurs, commerçants et autres acteurs du développement rural, syndicats, législateurs et décideurs politiques bien sûr mais aussi acteurs associatifs et citoyens qui doivent savoir que ce droit peut être défendu par des mesures qui sont à notre portée.

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    Confronté-e-s à ce régime brutal d’austérité européenne qui continue de transformer nos vies en des biens financiers de spéculation globale, violant chaque jour le droit universel au logement, détruisant la démocratie à tous les niveaux et ne présentant aucune solution socialement acceptable à la crise du capitalisme, nous partageons l’orientation commune que l’alternative nécessaire à ce barbarisme ne peut être construite qu’à travers des mouvements sociaux élargis pour une intégration sociale européenne alternative.

    À Amsterdam, Athènes, Berlin, Budapest, Dublin, Düsseldorf, Genève, Lisbonne, Lorient, Malaga, Milan, Paris, Poznan, Rotterdam, Rouen, Rome, Toulouse, et Varsovie des actions auront lieu pour dénoncer la spéculation et pour exiger au niveau national et européen le respect et l’application du droit au logement pour toutes et tous.

    PARIS – SAMEDI 19 OCTOBRE RDV 14h – Place de la République

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