UE topie de marché

, par AITEC

Comment la nouvelle gouvernance économique menace la démocratie ?

Corporate Europe Observatory
19 janvier 2011

Une version européenne de la « stratégie du choc » est en passe d’être mise en œuvre dans l’Union européenne. Sous le coup de la crise européenne, de nouvelles prérogatives dévolues à l’Union dans le domaine du marché du travail, ou de budget des États membres, comme de dépenses sociales, devraient permettre d’imposer un carcan néolibéral sur les économies nationales. C’est pourquoi, l’instant est crucial pour les tenants d’une UE sociale et démocratique : il s’agit d’empêcher l’Union de se transformer définitivement en une UEtopie de marché irresponsable.

L’année 2011 restera sans doute dans les annales de l’Union européenne. Utilisant le prétexte de la « crise de l’Euro », la Commission européenne et le Conseil ont avancé des propositions afin de donner à l’UE de nouvelles prérogatives sur de nombreux domaines clés, allant des salaires aux prestations sociales ; elles seraient implémentées via de nouvelles procédures technocratiques très difficiles (voire impossibles) à contrôler ou à infléchir par ceux qui seront amenés à les subir. Ces propositions mettent en place un agenda économique et social sur mesure pour les intérêts des milieux d’affaires ; s’il était adopté, il constituerait une véritable « révolution silencieuse » imposée par le haut, en l’absence de tout débat démocratique ou participation populaire.
Les changements proposés – qui impliquent un ensemble de règles de « gouvernance économique » - ont d’ores et déjà été salués par les plus importants lobbies industriels, qui voient mises en œuvre plusieurs de leurs exigences-clés. En particulier, une nouvelle procédure pour « corriger les déséquilibres macro-économiques » va s’avérer déterminante, permettant de prendre à l’échelle européenne des décisions concernant les salaires et les « dépenses » sociales pour les différents États membres. Les lobbies industriels espèrent par ailleurs que les nouvelles réglementations permettront d’assurer la mise en œuvre effective de la stratégie « UE 2020 », très favorable aux milieux d’affaires.
Malgré les enjeux considérables, cette « révolution silencieuse » n’a, jusqu’à présent, pas été porté à l’attention d’un public large. Il est urgent qu’un véritable débat démocratique ait lieu au sein des
différents pays européens, en particulier sur la question des alternatives au modèle économique néolibéral de la « gouvernance économique » qui est aujourd’hui mis en avant par la Commission et le Conseil. Et cela nécessite l’établissement d’un véritable rapport de force social, suffisamment large pour faire de telles alternatives une réalité.